Side Projects · documents de travail
Direction de l'intelligence produit
Édition 2026 · exemplaire de travail
L'intelligence économique - collecter, recouper, qualifier - portée sur le terrain du produit, et jouée avec tous les clichés du renseignement : tampons « à vérifier », dossiers classés, exemplaire de travail.
Quatorze formulaires pour instruire une décision, vingt fiches signalétiques pour instruire ce qu'on répète en réunion.
Le dispositif · deux documents, une seule grille
Une lettre pour la source, un chiffre pour l'information
Grille inspirée du système de cotation dit « de l'Amirauté », repris par l'OTAN
Le renseignement ne note pas une information d'un seul coup : il note séparément celui qui parle et ce qu'il dit. L'intelligence économique a emprunté cette grille bien avant nous ; les deux documents la reprennent telle quelle, avec le vocabulaire du produit. Une cote tient en deux caractères et se relit six mois plus tard.
La lettre - qui le dit ?
Fiabilité de la source, jugée sur la durée et non sur ce seul message.
- AFiablefacturation, logs, données d'usage mesurées
- BHabituellement fiableun client fidèle, en entretien direct
- CAssez fiableun commercial expérimenté
- DPeu fiableun bruit de salon
- ENon fiableune source souvent démentie
- FImpossible à évaluer« on m'a dit que… »
Le chiffre - que vaut ce qu'il dit ?
Crédibilité de l'information, jugée sur les recoupements et non sur la vraisemblance.
- 1Confirméerecoupée par des sources indépendantes
- 2Probablecohérente avec ce qu'on sait déjà
- 3Possibleplausible, mais pas recoupée
- 4Douteused'autres éléments la contredisent
- 5Improbableles faits disent le contraire
- 6Impossible à évaluerrien pour en juger
Les deux axes sont indépendants : une source fiable peut transmettre une information douteuse (A4), une source douteuse peut dire vrai (D1). En cas d'hésitation entre deux notes, on retient la plus basse. Une cote se révise, barrée et datée - elle ne s'efface jamais. Et F6 n'est pas une mauvaise note : c'est la note de ce qu'on ne sait pas.
Cinq exemples cotés
- B4« Tous nos clients veulent ça », dit un CSMsource de bonne foi, généralisation non recoupée
- A1Churn mesuré dans le CRMdonnée interne, confirmée par la facturation
- D3« Le concurrent prépare une offre IA », bruit de salonsource faible, information plausible
- B2« A a signé en mars à 42 € », cliente en entretienvu par elle, cohérent avec nos pertes
- F6« Le marché assistant IA fait 2 milliards », un postaucune source, rien pour en juger
Document 1 · A4 paysage · 18 pages
Du signal à la décision
14 formulaires · 1 grille de cotation · 1 carte du système
Un recueil de formulaires à remplir, du canvas d'intelligence produit au décryptage d'un mouvement concurrent. Chacun tient sur une page et traite une question précise : on commence par la question qu'on se pose, pas par le formulaire. La carte du système dit lequel ouvre lequel - tout signal passe par le plan de veille, tout seuil franchi en repart vers le formulaire qui lui correspond.
Document 2 · A4 portrait · 8 pages
Renseignements non vérifiés
20 fiches signalétiques · 1 grille de cotation · 1 fiche vierge
Vingt phrases qu'on entend partout, traitées chacune comme un suspect : qui la dit, comment il le sait, qui la confirme, ce qu'il gagne à ce qu'on y croie - puis une cote, un tampon et la question à poser. « Tous nos clients veulent ça », « personne ne s'est plaint », « le trafic a doublé depuis la nouvelle page », « c'était écrit dans le compte rendu du comité ». La dernière page est vierge, à photocopier.
Entretien de la série
Une discipline sérieuse, un décor de série B
L'intelligence économique existe pour de bon : collecter, recouper, qualifier, protéger. Les grands comptes y consacrent des cellules de veille. Les équipes produit, elles, décident souvent avec ce qu'elles croient savoir, sans noter d'où ça vient - la phrase d'un commercial, un chiffre de tableau de bord et un bruit de salon arrivent en réunion avec le même poids.
D'où le parti pris : les méthodes au premier degré, le décor au second. Tampons, classifications, numéros de dossier, fiches signalétiques, « exemplaire de travail » - c'est le cliché du renseignement, celui des films et des archives déclassifiées, et il est assumé. Il sert à quelque chose : un formulaire drôle se remplit, une méthodologie ne se lit pas.
Une fois la blague passée, ce qui reste tient debout : une case « source » vide se voit, une cote se discute, une hypothèse porte une date de péremption. Rendre visible ce qu'on n'a pas vérifié, sans empêcher de décider.
Le dossier a aussi une bande son, sur les deux versants : Source ?, treize titres décalés sur la cotation des sources et la rumeur de couloir, et Ce que l'on sait, quatorze titres qui prennent le même métier au sérieux.
Ces deux documents prolongent les notices de montage : même goût pour le formulaire administratif, appliqué cette fois à ce qui se dit avant la décision plutôt qu'à ce qu'on construit après.